Textes, images, reportages

L’art de capturer l’instant…

La photographie oblige à affûter le regard.

Pour capturer un instant, il ne faut plus juste regarder, il faut arriver à voir. Il faut lire le paysage, les lieux, les gens.

Cet exercice, dont l’aisance s’acquiert avec la pratique, est un complément idéal pour celui qui souhaite écrire le monde et la vie.

Très vite la photographie s’est imposée à moi. En 1993, en partant pour ma première mission en Somalie.

Depuis, dans mon sac, il y a toujours un appareil photo (actuellement un Sony RX100 MarkIII), saisissant l’instant et les rencontres, les merveilles et l’horreur… je marche essentiellement à l’instinct.

La photographie occupe une place dans mon existence et dans mon travail, car elle est, dans mon esprit, censée combler les faiblesses de ma mémoire quand il s’agira de raconter.

Puis, écrire alors que tout semble avoir déjà été dit. Mais pourquoi ?

Écrire des livres, pour quelqu’un qui vit dans l’instant, peut, quelquefois, être une souffrance, car réclamant de s’inscrire dans la durée, de lutter contre sa propre impermanence : l’insupportable inconsistance de son Être.

Alors je pars, pour écrire, ou l’inverse ?

Comme l’écrivait, brillamment, Montaigne : « faire de la réalité ses rêves et cesser de rêver une réalité ».

Voyager est mon choix dans ce réel, ma manière d’honorer l’existence occidentale finalement chanceuse que j’ai reçu à la loterie des naissances.

Né dans un pays où, même si la liberté se résume à vivre entre les lois, j’ai le droit, en jouant le jeu, de me déplacer plus ou moins à ma guise.

Écrire est mon choix dans ce que Barthes nomme le déréel, cette sphère où l’on se projette, consciemment ou pas, pour amplifier nos sentiments, pour vibrer davantage.

L’écriture comme justification d’exister.

Voyager parce qu’il m’est impossible d’agir autrement.

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